TRANSCRIPTIE van de kopie van een brief van Van de Spiegel aan Etta dd 18 januari 1790, uit NL HaNa 3.01.26, invnr 50, kopieboek uitgaande post

De brief is ook afgedrukt in RGP1 blz 154-157. Onderstaande is een letterlijke weergave, alleen heb ik omwille van de leesbaarheid regeleindes en interlinies toegevoegd. De vertaling van een klein gedeelte van deze brief staat bij de verantwoording van hoofdstuk 3 pagina 83, zie hier.


TRANSCRIPTIE

Ce n'a été que le 15 que j'eus l'honneur de recevoir la lettre particulière que vous m'avez adressée du 22 décembre.

Je suis trés sensible à la franchise avec laquelle vous me parlez sur les choses qui font le contenu de cette lettre, et je conviens aisément avec vous que pour être vraiment utile il faut être instruit des tenans et aboutissans de la matière où l'on veut bien s'employer.

Mais permettez-moi, Madame, de vous dire qu'il est impossible de vous informer d'avance sur toutes les absurdités qu'on aime a répandre dans l'étranger sur notre sujet.

Je crois vous avoir écrit ou fait écrire que la République n'est pour rien dans la révolution des Pays Bas, que tout l'intérêt que nous puissions y prendre est d'avoir un bon et tranquille voisin, ainsi que toutes les ridicules intentions qu'on nous prête sont trop absurdes pour nous en occuper sérieusement.

On vous dit par exemple que nous favorisons l'insurrection dans le dessein d'unir les Pays Bas autrichiens avec notre République, mais pour apprécier ce propos on n'a qu'à jeter les yeux sur la machine compliquée de notre Gouvernement, pour se persuader que nous ne pouvons pas nourrir le désir d'y ajouter encore de nouvelles roues.

Un autre débite gravement que le but est de faire un état pour l'un des jeunes Princes d'Orange, ne faisaut pas réflexion que chez un peuple aussi attaché au culte de Rome la différence de religion serait un éternel obstacle contre l'élévation d'un Prince protestant.

Un troisième croit avoir trouvé le mot de l'énigme en aussurant que la République veut reprendre les villes barrières, et c'est principalement sur ce point, Madame, que vous souhaiteriez être éclaircie.

Je ne fais aucune difficulté de vous dire qu'en cas que la République eût cette envie, il lui serait encore impossible de la réaliser, parce que les fortifications de ces villes n'existent plus, et qu'il coûterait des sommes immenses pour les rétablir, outre que l'expérience a prouvé combien leur entretien est dispendieux et même nuisible à plusieurs égards; vous pouvez donc répondre hardiment à tous les curieux que la République jusqu'à présent n'a pas témoigne le moindre regret d'avoir perdu les places de barrière et qu'elle trouverait fort peu son compte à les reprendre.

Je passe à un autre article de vottre lettre. Vous mettez en question, Madame, s'il ne serait pas heureux pour la Hollande que le Prince Stadhouder, en donnant une influence au peuple, fit une alliance de garantie avec la France et le Brabant; qu'alors la Hollande n'aurait plus rien a craindre ni des troubles intérieurs, ni d'un ennemi du dehors. —

Je ne prononce point sur le problème, mais je demande quelle devrait être cette influence du peuple, et quel bien résulterait-il de cette garantie?

Le peuple dans nos Provinces est parfaitement heureux s'il veut l'être: il jouit de tous les avantages d'une liberté soumise aux loix et d'une sureté compléte sous le plus doux des gouvernemens.

II est vrai que dans quelques Provinces le peuple n'a pas de part directe au gouvernement, mais il gouverne par ses représentans, et le dernier des citoyens est aussi peu exclu d'être un jour du nombre de ces représentans, s'il s'en rend digne, que le fils du plus grand seigneur.

Les loix ne sont pas faites par la multitude, mais par les représentans, tandis que les législateurs sont soumis aux mêmes loix qui règlent la conduite de la nation entière, ce qui est le garant le plus sûr de la douceur et de l'équité de la législation.

Le peuple, ou pour mieux dire les corps de métiers, en plusieurs villes ont en autrefois la faculté d'élire ses propres représentans, mais les désordres, les cabales, la corruption qui accompagnent ordinairement les élections populaires ont porté le peuple, de sa libre volonté, a déférer la uomination aux Régens, et l'élection d'entre un petit nombre de personnes présentées au Prince Stadhouder qui de tout tems est considéré, avec raison, comme le boulevard de la liberté du peuple et le frein de l'aristocratie.

Je ne dis pas que si nous avions une nouvelle République a former, il serait injuste ou impossible de donner plus d'influence au peuple, mais je soutiens que la nature de notre constitution ne l'admet pas et qu'il est dangereux, surtout dans une République, de toucher aux bases de la constitution: c'est alors qu'on est éntrainé d'une nouveauté dans une autre, et qu'on fiuit par tout bouleverser sans rien relever.

C'est toute autre chose dans un grand Empire dont les ressources sont intarissables et que les chocs les plus violens ne sauraient ébrander: si malheureusement dans un tel Etat les abus viennent de surpasser les remèdes ordinaires, il faut trancher dans le vif, il faut décomposer pour régénérer; mais je m'assure de la sagesse de vos législateurs philosophes, dont je respecte infiniment les lumières, que s'ils connaissaient au fond notre constitution, les droits, les avantages, les aisances de nos citoyens, ils béniraient le Ciel s'ils pouvaient procurer ces mêmes biens à leurs compatriotes.

Et quant à la crainte d'un ennemi, que craindrions-nous, Madame, pour notre constitution, et quel est l'ennemi qui serait tenté de nous la ravir?

Serait-ce la France qui nous voudrait du mal, et pour quelle raison?

Apparemment pour achever l'ouvrage d'un ministère intriguant qui, en soufflant partout le mécontentement, la discorde, l'animosité, a inspiré à de paisibles citoyens une aversion pour les avantages dont ils pourraient jouir dans leur patrie, afin de courrir après des chimères.

Je n'ignore pas que de certains personnages remuent ciel et terre pour animer la nation française contre la maison d'Orange et le gouvernement rétabli, mais je ne croirai jamais que cette nation, qui a si bien ouvert les yeux sur ses vrais intéréts, voudra s'exposer à une guerre contre trois puissances alliées, et cela uniquement dans la vue de replacer quelques mécontens dans la magistrature et de renverser par là la constitution d'une République qui ne veut du mal à personne, et qui même si l'on s'y prend bien peut étre d'une grande utilité au système actuel de la France.

Pour ce qui est d'une alliance avec la France et le Brabant, je ne crois pas que ce projet pourrait avoir lieu dans les circonstances présentes, où les intéréts politiques de l'Europe sont si embrouillés que personne n'y voit clair, et qu'on ose à peine faire un pas en avant, outre que notre République en s'alliant avec les Pays Bas devrait commencer par reconnaitre leur indépendance, ce qui peut-être serait encore prématuré.

Enfin, Madame, vous me faites l'honneur de me dire que dans le tems que vous vous proposiez de faire un tour par ici, je vous ai fait savoir mon désir que vous restassiez en France: si cela était, j'aurais mille raisons de vous demander pardon, mais je ne me souviens pas avoir écrit autre chose sinon que je vous priai de vous épargner les frais et les fatigues d'un voyage au cas qu'il n'eût d'autre objet que la communication de choses qui pourraient aussi bien m'être confiées par écrit si quelque occasion sûre se présente, conmie il en arrive souvent: je suis encore de la même opinion, à moins que vos affaires particulières ne vous appellent en Hollande et me procurent l'honneur de m'entretenir avec vous.

Encore un mot concernant votre ouvrage qui a été si longtems en route, mais qui m'est enfin parvenu par les bons offices de M. Lampsins: vous jugez bien, Madame, que mes occupations ne me permettent pas de lire cet ouvrage d'un bout à l'autre avec une application soutenue, mais j'ai prié un ami, qui a des connaissances et beaucoup plus de loisir que moi, de l'examiner scrupuleusement et de me communiquer ses réflexions, que je vous ferai passer ensuite, en attendant vos ordres relativement à la destination ultérieure de cet ouvrage intéressant.

Si je vous ai ennuyée, Madame, par ma longue lettre, songez je vous prie que c'est vous qui l'avez voulu; une autre fois je serai plus discret.

J'ai l'honneur d'être etc...


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