STUKJES TEKST en SAMENVATTING van een gedeelte uit La Révolution et les étrangers, door Albert Mathiez, Paris, 1918

Albert Mathiez heeft een hele rits boeken over de Franse revolutie geschreven. In drie daarvan komt Etta voor:

Le club des Cordeliers pendant la crise de Varennes et le massacre du Champ de Mars, 1910, zie mijn aantekeningen.

La Révolution et les étrangers, 1918, zie hier onder de tweede rode balk.

Autour de Danton, 1926, zie mijn aantekeningen.

(Hardenberg noemt in zijn - slordige - bronnenoverzicht ook Les grandes journees de la Constituante, Paris, 1913, maar daarin kom ik Etta niet tegen.)

Eerst even de belangrijkste gedeelten over Louis Pio:


Pagina 29, onder het kopje Les Réfugiés politiques

Le chevalier Louis Pio, secrétaire de l'ambassadeur de Naples à Paris, n'avait pu dissimuler la joie que lui causaient les événements (i). Il encourut la disgrâce de sa Cour et dut donner sa démission.
Aussitôt, le district des Feuillants, où il était domicilié, prit une délibération pour le recommander à la Commune de Paris et, en attendant, l'admit sur-le-champ à prêter le serment civique, ce qui était lui conférer la qualité de Français.
Pio adressa à tous les districts un mémoire apologétique de sa conduite qui se terminait par la demande d'une place qui pût lui permettre de subsister.

Le II mars 1790, l'assemblée des représentants de la

(pagina 30)

Commune reçut une députation du district des Feuillants qui était venue lui recommander la demande de l'Italien persécuté. L'abbé Fauchet, qui présidait, prononça l'éloge de «l'illustre Napolitain devenu Français à l'époque où la France s'est trouvée libre».
Il déclara que la Commune ferait connaître à Lafayette «toute la satisfaction qu'elle aurait de voir un nouveau compatriote, dont nous avons fait l'heureuse conquête, occuper un poste honorable parmi nos défenseurs». Et il conclut, «avec une sensibilité profonde et une satisfaction pure», en proclamant le chevalier Pio citoyen français, et en lui accordant les honneurs de la séance.

Elders in het boek komt Louis Pio ook voor, maar ik vind het zo wel welletjes voor iemand die in het verhal van Etta slechts een bijfiguur is.


In La Révolution et les étrangers behandelt Mathiez Etta's arrestatie, net als in Le club des Cordeliers, maar nu besteedt hij aanzienlijk meer aandacht aan haar. In een noot noemt hij zijn bronnen, te weten:
Villiers, zie hier, en
RGP 1, zie hier.

Hieronder een stuk tekst dat begint op pagina 93 van het boek.

▪ Er zitten wat foutjes in, soms overgenomen uit Villiers, zoals het 'Desista' in Etta's naam, de vermelding dat Munniks in 1773 consul werd (moet 1768 zijn), en dat hij dat werd in Palermo (moet Messina zijn).

▪ Aan de woorden van Choudieu, zie hier, voegt hij toe dat de bezoekers aan Etta's salon 'point farouches', allesbehalve schuchter, zijn, maar dat staat niet in Choudieus tekst.

▪ Zijn mededeling dat Etta 'bijna onmiddelijk' na haar arrestatie weer wordt vrijgelaten, is in tegenspraak met zijn acht jaar eerder geschreven boek, zie hier, waarin ze drie dagen vast zit.


(pagina 93)

En même temps qu'Ephraïm, le Comité des recherches de la Constituante avait ordonné l'arrestation d'une aventurière hollandaise qui se faisait appeler la baronne d'Aelders et qu'on considérait à juste titre comme l'agent secret du stathouder.

(pagina 94)

Etta Lubina Johanna Désista Alders était née à Groningue en 1743, les uns disent d'un père aubergiste, les autres fabricant de papier peint (1). A l'âge de dix-neuf ans. elle se maria avec l'étudiant Palm qui partit au bout de quelques mois pour les Indes hollandaises et ne donna plus jamais de ses nouvelles. Etta ajouta à son nom le titre de baronne d'Aelders et se consola de l'absence de son mari par la galanterie. Elle s'établit à Amsterdam et se lia avec l'avocat Jean Munniks qui fut nommé vers 1773 consul de Hollande à Palerme. Elle promit à Munniks de l'accompagner dans sa nouvelle résidence, mais n'alla pas plus loin que le Midi de la France et vint s'établir à Paris en 1774. Elle prit dès lors le nom d'Etta de Sitter (nom de sa mère), veuve du baron d'Aelders. Comme elle était grande et bien faite, elle eut de nombreux succès mondains. Elle loua, en 1778, rue Villedo, un superbe appartement d'un loyer de 3 200 livres.
Mais elle se livra à des dépenses folles et fut forcée, dix ans plus tard, d'abandonner ses meubles à son créancier, le baron de Plinval. Elle fut dès lors habiter rue Favart, no 348, un entresol assez coquet. Sa chambre à coucher était ornée de quatre glaces dont l'une garnissait le fond du lit.

Vers 1787, au moment de ses revers de fortune, et déjà sur le déclin, Etta songea à se procurer de nouvelles ressources. Elle rappela au stathouder, dans une lettre du 30 juin 1794, qu'elle avait réussi à s'introduire dans l'hôtel de l'archevêque de Sens, Loménie de Brienne, et
qu'elle était parvenue à détourner l'ordre que Breteuil et Montmorin réclamaient pour faire marcher en Hollande les troupes rassemblées au camp de Givet. Il est possible qu'elle exagère son rôle, mais nous voyons que, dès l'année suivante, le grand pensionnaire Van de Spiegel lui paie une pension et la remercie de ses services en termes fort significatifs: "La défense d'une si bonne cause (celle du stathouder) ne saurait être confiée en de meilleures mains que les vôtres, madame, lui écrit-il le 5 décembre

(pagina 95)

1788, et j'ose vous prier de continuer à lui vouer vos talents et votre zèle vraiment patriotique." (1) Van de Spiegel lisait lui-même les bulletins de l'espionne. Le 30 janvier 1789, il lui disait que ses lettres lui avaient causé "un plaisir indicible". "Vous réunissez l'agréable à l'utile et a l'intéressant; vous égayez les matières, vous les embellissez en les approfondissant."

Etta se piqua d'honneur. Elle se mit en tête de détacher les journalistes et l'opinion publique de la cause des patriotes hollandais réfugiés en France après le coup d'Etat de 1787. Pour inspirer confiance, elle afficha des sentiments jacobins, elle fréquenta les clubs, elle ouvrit son entresol de la rue Favart aux hommes influents qui étaient sûrs d'y rencontrer, dit Choudieu, tout un essaim de jeunes et jolies personnes point farouches. Elle intrigua tant et si bien que dès le début de 1790, elle pouvait compter sur une bonne partie de la presse de gauche, sur les Annales patriotiques de Carra "son ami", alors très féru de l'alliance prussienne, sur la Chronique de Paris de Grandmaison, même sur l'Ami du peuple de Marat.
En juin 1790, Marat, stylé par elle, consacrait trois articles à démontrer que les prétendus patriotes hollandais, adversaires du stathouder, n'étaient que des bourgeois aristocrates hostiles au peuple. Dans ce même mois de juin 1790, elle annonçait triomphalement au grand pensionnaire qu'elle avait retourné Loustallot, le jeune et talentueux rédacteur des Révolutions de Paris et elle lui communiquait une lettre de Loustallot, en date du 3 juin, dans laquelle celui-ci lui disait: "Je ne connaissais la révolution de Hollande que par les Gazettes, dont les
récits sont si malheureusement défigurés par l'esprit de parti. Le nom de patriotes m'en avait imposé et ce que vous m'en dites, vous qui paraissez excellente républicaine, m'engage à m'instruire dans les sources les plus
pures !" Elle ne se bornait pas à des lettres et à des démarches, elle se faisait ouvrir les colonnes des journaux dont elle avait conquis les rédacteurs. Elle écrivait à Van de Spiegel, le 21 juin 1790, au moment où l'affaire de Noot-

(pagina 96)

ka-Sund risquait d'allumer la guerre entre l'Espagne, la France et l'Angleterre: "L'article de Paris dans la feuille de M. de Warville (1) est en grande partie de moi et vous en verrez autant aujourd'hui ou demain dans les Annales, Montmorin sera furieux et son secret est divulgué. Plus de surprise, tous les députés se préparent. MM. Petion et Bamave m'ont promis de proposer l'alliance avec la Prusse et ses alliés."

Comment députés et journalistes se seraient-ils mis en défiance contre une jolie solliciteuse qui donnait tant de preuves de son ardeur civique?

Quand Bonneville ouvrit au public le cirque du Palais-Royal transformé une fois par semaine en assemblée fédérative des Amis de la Vérité, Etta fut une des premières à s'y rendre et à y prendre la parole. Le 30 décembre 1790, elle y prononça un chaleureux discours sur l'injustice des lois en faveur des hommes et aux dépens des femmes qui lui valut les compliments les plus flatteurs. La municipalité de Creil enthousiasmée lui vota des félicitations et lui décerna, le 8 février 1791, une médaille d'honneur qui lui fut remise solennellement au cirque, le 15 février.
Quelques jours plus tard, elle organisait la société des Amies de la Vérité qui la nommait sa présidente.

Parmi ses adhérentes, elle comptait la duchesse de Bourbon, soeur du duc d'Orléans. Les intérêts du féminisme ne lui faisaient pas oublier ceux du stathouder. Elle s'enhardissait, le 18 mars 1791, à attaquer au Cirque le journaliste Cerisier, organe de la petite colonie des réfugiés hollandais.

Ses intrigues n'avaient pas échappé au ministre Montmorin qui écrivait à Mirabeau, le 9 mars: "Fréteau (2) doit me dénoncer ce matin, je crois que les autres sont parvenus à le retourner. Il y a surtout une Mme d'Alders,
Hollandaise, intrigante, vendue à la princesse d'Orange et à la Prusse, qui le travaille assidûment et lui donne de prétendues nouvelles." (3). On comprend que dans la répression qui suivit le massacre des républicains au Champ-de-Mars, l'aventurière hollandaise ait été arrêtée

(pagina 97)

en même temps et pour les mêmes motifs que le Prussien Ephraïm. Mais Etta comptait de puissants protecteurs. Elle fut relâhée presque aussitôt.

Tandis qu'Ephraïm quittait Paris, elle payait d'audace et publiait au lendemain de son arrestation, sous le titre d'Appel aux Françaises, un recueil de ses principaux discours mêlés à des apologies personnelles. "Que nos lecteurs jugent si mes ouvrages ressemblent à une conspiration contre l'Etat avec des Cours étrangères, à l'envie d'exciter des troubles, à l'intrigue ou à une âme corrompue... Le bonheur d'essuyer les larmes des malheureux me dédommage amplement du sifflement venimeux des
serpents qui rampent dans la fange." Parmi ces serpents, il y avait une femme, bas-bleu comme Etta, Mme Louise Robert (1) qui s'était opposée à l'admission de la Hollandaise à la société fraternelle des deux sexes. Il faut entendre avec quels accents elle répondit à son ennemie: "Jamais, non jamais ! je n'ai manqué au devoir filial, jamais je n'ai fait couler les larmes paternelles !" Elle demanda que Mme Robert, qui l'avait accusée d'entretenir des correspondances avec les puissances étrangères, fût tenue de faire la preuve de ses calonmies I

Cette audace réussit. Etta fut reçue comme auparavant dans les cercles politiques, auprès des personnages les plus influents. Van de Spiegel, qui avait craint pour elle au moment de son arrestation, lui conseillait la prudence et de modérer son zèle pour la cause du peuple: "Vous faites quelquefois que vos amis tremblent pour vous" (lettre du 2 septembre 1791). Mais Etta était fondée à lui faire observer un peu plus tard: "C'est en jacobine que j'ai été le plus utile à ma patrie, j'en appelle à vous-même" (lettre du 8 juillet 1794). Son salon ne fut jamais plus fréquenté et son influence mieux assise que sous la Législative. Dès le mois de décembre 1791, elle avait fait la conquête du jeune et beau Basire qui lui écrivait les lettres les plus tendres. Basire appuyait ses pétitions féministes à la tribune. Mais Basire n'était pas le seul député qu'elle eût pris dans ses filets. Elle écrira à Van de

(pagina 98)

Spiegel, le 8 juillet 1794, que le conventionnel Choudieu, ancien garde du corps, était devenu son ami particulier et qu'il dînait chez elle trois ou quatre fois la semaine.

Après la proclamation de la République, elle fut assez adroite pour persuader au ministre des Affaires étrangères Lebrun qu'eile pourrait rendre service à la France en retournant en Hollande, afin de détourner le stathouder de se joindre à nos ennemis. Lebrun accepta ses propositions et, de concert avec Clavière, décida de lui faire un traitement de cent écus par mois, "pour recevoir d'elle, deux fois par semaine, un détail de ce qu'elle aurait appris de particulier et qui soit digne d'attention" (lettre de
Lebrun du 26 novembre 1792).
Etta fut ainsi pensionnée par les deux gouvernements, français et hollandais. Elle envoya plusieurs bulletins à Lebrun et à Clavière où elle s'efforçait de peindre comme maratistes ou robespierristes les Hollandais réfugiés en France.
Les crédules ministres lui payèrent ses mensualités jusqu'à la déclaration de guerre avec la Hollande. Elle réclama à plusieurs reprises quand elle cessa d'être payée. Le ministre Deforgues, successeur de Lebrun aux Affaires étrangères, lui répondit, le 12 août 1793, qu'elle n'avait plus droit à son traitemant mais qu'on lui donnerait des récompenses si elle continuait ses bulletins. Il faut croire qu'il ne les trouva pas intéressants ou qu'il se douta enfin du caractère réel de sa correspondante, car il lui fit dire, le 5 octobre 1793, de cesser ses envois.
Etta continua à recevoir quelques secours du grand pensionnaire, mais fut un moment, réduite par la gêne, a chercher une place de gouvernante. En juillet 1794, quand les troupes françaises, victorieuses à Fleurus, menacèrent d'envahir la Hollande, elle s'offrit pour négocier la paix avec les Commissaires de la Convention qui suivaient l'armée. L'un d'eux était Choudieu, son ancien "ami particulier", dont elle n'avait pas eu de nouvelles, disait-elle, depuis un an. Il ne semble pas que le gouvernement hollandais ait accueilli ses offres. Quand la République batave fut proclamée par les Français, les patriotes hollandais rentrés dans leur pays se vengèrent de l'espionne en la faisant incarcérer. Elle resta trois ans en prison.


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