DE TEKST van La Médaille d'honneur offerte par la Municipalité de Creil à Madame Palm Dalder en février 1791, door Paul Bordeaux, Beauvais-Paris 1908

Zelf heb ik kopietjes van het boekje uit GrA 694 invnr 60 geraadpleegd. Door de titel als zoekterm te gebruiken, zie ik dat het op de site van de Sorbonne nu ook gedigitaliseerd is, zie hier. Maar daar is het overgenomen uit een blad in plaats van als apart boekje.

Daarom zijn de paginanummers bij de Sorbonne anders. Bovendien ontbreekt daar het voorplat van het boekje, dus mijn fotootje daarvan druk ik hier af:

Ik weet niet wanneer meneer Bordeaux overleden is, maar ik kan mij niet voorstellen dat er nog auteursrecht op dit boekje rust, dus ik doe hieronder de hele tekst. Daar kunnen wat foutjes inzitten, want het is grotendeels ge-ocr-ed. Het eerste paginanummer is dat van het losse boekje, het tweede van de digitale versie.

De Note additionelle staat alleen in het tijdschrift. Daaruit blijkt dat die meneer Randon de la Tour ook oprichter is van het amazoncorps in Creil en dat er twee exemplaren van de bewuste medaille bestaan.


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LA MÉDAILLE D'HONNEUR

offerte par la Municipalité de Creil

à Madame Palm Dalder

EN FÉVRIER 1791

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Les événements survenus a Creil, en février 1791, ont le précieux avantage de faire connaître le rôle que les femmes jouerent au début de la Révolution française et l'importance que certaines d'entre elles chercherent à s'attribuer. La remise d'une médaille d'honneur destinée à etre portée d'une façon appareille par une dame constitue à cette époque une particularité nouvelle et qui dénote une modification notable des idées antérieures. Des événements historiques de ce genre dépendent des faits intervenus au même moment, aussi bien que des qualités et des défauts de ceux qui y prirent part. Les femmes de Creil ne purent songer à constituer une compagnie auxiliaire de la garde nationale, et Mme Dalder ne reçut a cette occasion une médaille d'honneur qu'à la suite d'un ensemble d'événements indispensables à rappeler. Il importe, en conséquence, de faire ressortir en pleine lumière la personnalité curieuse de Mme Dalder, aussi bien que les faits survenus de côté et d'autre et se rattachant a ce qui s'est passé a Creil.

Mme Dalder, qui semble avoir joué a Creil un rôle d'héroïne de la Révolution, n'est ni originaire du département de l'Oise, ni même française. Elle est hollandaise. Son âge est d'autant plus intéressant à préciser, que personne jusqu'a ce jour n'était parvenu à le connaître. Elle est née à Groningue vers la fin d'avril 1743. Elle fut baptisée en cette ville le 3 mai 1743, suivant les rites de la religion réformée néerlandaise. Ce fait

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du résulte de l'acte de baptême ci-dessous délivré par le secrétaire de la mairie de Groningue:

Le 3 mai a été baptisée en cette ville Etta-Lubina-Johanna, fille de Jacobus Alders et de Agathe-Petronella De Sitter, mariés légitimement, demeurant dans le Poelstrate. (1)

La naissance doit etre reportée à fin avril, parce que les habitudes hollandaises faisaient célébrer le baptéme dans les huit ou quinze jours qui suivaient la venue au monde. L'état civil n'était constaté dans la région que par les registres paroissiaux.
Le père était aubergiste et ne parait pas avoir été de souche noble. Plus tard seulement lorsqu'elle séjourna en France, Mme Etta Alders orthographia son nom Aelders, en y joignant fréquemment la particule pour se rattacher à la famille noble hollandaise portant ce nom et ayant comme armoiries un écu de sinople chargé de trois étoiles d'or. (2) Elle passa sa jeunesse à Groningue, au milieu de ces prairies sans limites de la Frise du Nord, qui éveillent dans les coeurs les idées de liberté et d'affranchissement. Elle appartenait à cette énergique race frisonne, dont une partie émigrait à ce moment dans l'Afrique du Sud, et allait y constituer les ancètres des Boers, ces partisans opiniâtres de la liberté.
Mlle Elta Alders, apres avoir reçu une éducation littéraire assez complete, épousa à l'âge de dix-neuf ou vingt ans, c'est-à-dire vers 1762 ou 1763, Mr C.-F.-L. Palm, qui partit pour les Indes hollandaises quelques mois après cette union. Il semble y avoir disparu, car il ne fut plus jamais question de lui. La jeune mariée, presque veuve au lendemain de ses noces, resta six années à Groningue. Elle alla ensuite habiter Amsterdam, ou elle fit la connaissance d'un avocat de cette ville, nommé Jan Munniks. Ce jeune docteur en droit, promu

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consul de Hollande à Messine, dut se rendre dans cette dernière ville pour y résider. Ils déciderent de partir ensemble. En cours de voyage, la hollandaise tomba malade dans le midi de la France, et Jan Munniks continua seul la route jusqu'à Messine. MmeAlders, revenue à la santé, oublia d'aller rejoindre son ami en Sicile. Elle préféra regagner Paris, qu'elle avait traversé rapidement en cours de route et dont la vie joyeuse et facile l'avait tentée.
A son arrivée dans la capitale, elle se fit connaitre sous le nom de Mme E.-L.-J. De Sitter, veuve de M. Palm, baron d'Aelders. Ces idées de reprendre le nom de sa mère, de se parer d'un titre de baronne, qui ne lui appartenait pas, et de modifier l'orthographe résultant de son acte de naissance, laissent supposer que la jeune et belle hollandaise désirait connaître les plaisirs que Paris réservait aux étrangeres, qui venaient y habiter à la fin du regne de Louis XV. En l778 âgée de trente-cinq ans, elle habite rue Villedo, n° 30, et elle y occupe un apparlement. relativement somptueux, qu'elle fait orner avec assez de recherches, pour devoir 3,280 livres à son miroitier (1). Cette dépense, dont le caractère purement voluptueux et dont l'importance sont de nature à éveiller l'attention, dénotent le genre d'existence facile que la fille de l'hôtelier de Groningue mena dans la société parisienne. En 1781, elle se transporte rue Favart, maison n° 348, dans l'un des quartiers à la mode. Elle jouit à cette époque d'une grande réputation de beauté, dont elle sut maintenir le souvenir pendant nombre d'années. Elle vécut à Paris de la façon la plus indépendante, sans s'occuper ni de ses parents, ni de la succession de la famille de son mari décédé, ni même du pauvre Jan Munniks, dont il ne fut pas davantage question.
La Révolution de 1789 la surprend âgée de quarante-six ans, c'est-à-dire à l'instant toujours difficile, ou une femme avant vécu dans de telles conditions, est obligée de modifier son mode d'existence. La hollandaise, devenue française par le coeur, s'enflamma pour les idées nouvelles d'affranchissement et de liberté avec d'autant plus d'impétuosité, qu'elle

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les tenait de son enfance, et que, d'autre part, il n'y avait plus pour elle d'autre ressource, si elle voulait continuer de se faire remarquer à Paris, et d'y posséder une situation en vue. Au XVIII° siècle, le grand monde faisait des vers ou écrivait. Elle s'ingénia à devenir femme de lettres, à écrire des discours et à s'intéresser à des oeuvres humanitaires. Elle eut l'idée de s'occuper de Creil, parce qu'elle crut pouvoir y trouver un terrain de culture favorable pour ses idées d'éman-cipation féminine et de progrès social.
Creil-sur-Oise ne se faisait pas remarquer par le nombre de ses habitants, qui s'élevait à un millier seulement. Les hommes et les femmes qui y résidaient, consistaient en ouvriers des fabriques de faïence, en bucherons de la forêt de Chantilly, en cultivateurs, en prolétaires, vivant dans les demeures creusées aux flancs des falaises crayeuses dominant le cours de l'Oise. Ils avaient élu pour maire leur curé Triboulet. Le 14 juillet 1790, à l'occasion du premier anniversaire de la prise de la Bastille, voulant se distinguer par leur patriotisme, ils demanderent à cet ecclésiastique, devenu leur premier fonctionnaire municipal, de leur faire prêter le serment civique. Un procès-verbal constate qu'en ce jour mémorable, à neuf heures un quart du matin, à l'issue de la messe, le maire-curé prononca un discours sur la place devant l'église, en présence de tout le peuple assemblé. Séance tenante, serment fut prêté par tous les Creillois d'être fideles à la Nation, à la Loy et au Roy. Cette date est intéressante à retenir, d'un côté parce qu'elle figurera sur la médaille dont il va bientôt étre question, et d'autre part, à raison de ce que, ce même jour, Paris avait célébré, au Champ de Mars, la grande fète de la Fédération de toutes les communes de France. Ces solennités patriotiques avaient excité les esprits. Chaque localité, enfiévrée des idées révolutionnaires, chercha à imaginer quelque nouveauté, qui la distingua de ses congénères. L'idée d'égalilé universelle a toujours eu le

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singulier privilège de porter chacun à se différencier le plus possible de son voisin.
Une petite commune perdue des Hautes-Pyrénées, Vic-en-Bigorre, parait avoir eu la première la pensée de se signaler par la création d'une légion d'amazones à pied, destinées à servir d'auxiliaires à la garde nationale. Cette énonciation semble de prime abord avoir pour conséquence toute une organisation guerrière et compliquée. En fait, les initiatrices de ce mouvement se montrèrent peu dangereuses au début. Vic-en-Bigorre comptait 3,500 habitants. Le nombre des femmes susceptibles de composer la légion ne devait pas etre supérieur à plus d'une ou deux cenlaines au maximum. Ces citoyennes n'en établirent pas moins les statuts de leur association, dont certaines parties sont instructives pour renseigner sur la réalité de ce qui s'est passé. Celles qui ont rédigé de tels reglements n'ont pas pu dépouiller leurs habitudes ancestrales du Christianisme. Elles se sont occupées avec le plus vif intérêt de leur bannière, qu'elles dénommerent oriflamme, et au sujet de laquelle elles s'exprimèrent ainsi :

Cette association aura un drapeau, qui sera dénommé oriflamme.
Deux emblèmes seront peints sur l'oriflamme.
L'un représentera l'autel de la Patrie et une mère citoyenne offrant son fils avec cette inscription : *J'offre un défenseur à la Patrie.»
L'autre sera l'autel de l'hymen et une jeune citoyenne couronnant un héros avec cette inscription : «L'hymen et l'amour couronnant le guerrier citoyen» (1).

Les citoyennes s'enrôlant sous les plis de ce drapeau, s'intitulerent les amazones de Vic-en-Bigorre, sans songer le moins du monde à monter à cheval. La qualification d'amazones fut prise par elles dans le sens de femmes guerrieres, ou plutôt de femmes venant en aide aux soldats et marchant à la suite du bataillon. Chaque fois qu'à l'occasion de semblables tentatives d'émancipation féminine, le mot amazone fut alors employé, il n'eut que le sens restreint qui vient d'être indiqué. Il ne signifia jamais une collectivité de femmes montant à cheval.
Aussitôt apres s'être constituée comme société féminine

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républicaine, la légion des amazones de Vic-en-Bigorre envoya le 19 août 1790 une adresse à l'Assemblée nationale pour lui soumettre, le projet de son association. Les 18 et 20 novembre 1790, le procès-verbal de cette haute Assemblée constata la communication qui lui était faite de l'adresse et du projet de reglement de ces citoyennes (1). A ce moment cette société fut présentée comme ayant des intentions très modestes, bien éloignées des idées d'émancipation, qui furent imaginées plus tard. Le député rapporteur, M. Lanjuinais, s'exprima ainsi:

Voici une adresse d'une nouvelle espèce de garde nationale très intéressante. C'est celle de la légion des amazones de Vic (département des hautes Pyrénées). Elles veulent donner l'exemple de toutes les vertus chrétiennes, civiles et patriotiques et surtout de l'exécution des lois. Elles se sont armées pour servir en cas dc besoin de troupes auxiliaires de la garde nationale (2).

Apres ce court rapport, l'Assemblée passe à l'examen d'autres questions sans attacher plus d'importance à l'initiative chrétienne et patriotique des femmes de Vic. Mais le public et certaines femmes à Paris ne conservèrent pas le même calme intellectuel. Dans divers endroits, les esprits féminins se surexcitèrent. Des citoyennes songèrent à former d'autres associations d'amazones plus énergiques. La presse révolutionnaire s'était emparée de la question et avait employé parfois des expressions qui étaient de nature à réprimer les premiers élans :

Les dames patriotes d'Aunay ont projeté le 15 du mois dernier de former une société qui porterait le nom de : Corps Amazones nationales, la municipalité à sagement applaudi à cet élan de patriotisme femelle (3).

Cette dernière épithète qualificative avait probablement refroidi l'élan des intéressées. Aucun corps d'amazone ne parait s'être constitué à Aunay. Néanmoins, à l'imitation de

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ce qui venait de ce passer à Vic, diverses sociétés feminimes essayérent de se constituer dans d'autres villes ou bourgades, telles que Caen (Calvados), Arles (Bouches-du-Rhône), Dijon (Côte-d'Or), Maubée (Isère), Bordeaux (Gironde), Alais et Vauvert (Gard). En certains endroits ce ne furent que de simples sociétés de femmes ayant pour but de remplacer les établissenlents religieux supprlmés, de se charger à leur place des écoles, de la surveillance et de l'établissement des nourrices, des enquêtes sur les indigents, ainsi que des distributions de secours aux pauvres.
Mmme Palm-Aelders voulut se faire remarquer aussi bien dans ces oeuvres humanitaires qu'à l'occasion des revendications de droits nouveaux au profit des femmes. Elle s'affilia à un club révolutionnaire, dénommé le Cercle social, fondé par l'abbé Fauchet en octobre 1790, et dans lequel les femmes furent admises. Le 30 novembre 1790, un M. Rousseau prit la parole dans une de ces réunions pour soutenir les droits des femmes. Il s'inspira du travail de Condorcet, qui venait de paraitre sur l'admission de la femme au droit de cité, et qui contenait le développement de toutes les idées féministes aboutissant à l'égalit'e complète des deux sexes (1)
Apres ce discours :

Une dame étrangère, remarquable par sa taille avantageuse, prit la parole et demanda au nom de la galanterie française que l'orateur put continuer. On l'applaudit et la séance fut levée, alors l'étrangère s'est vue environnée, caressée et remerciée de presque toutes les citoyennes présentes. Elle à saisi cette circonstance pour leur dire d'un ton plein d'élévation: 'Vous avez été jusqu'à présent les compagnes d'hommes énervés (?!) de sentiments, d'esclaves corrompus. Puisque les Français sont devenus des Romains, imitons les vertus et le patriotisme des dames romaines.' A ces mots, on l'embrasse, on veut l'élire présidente, mais sa modestie la dérobe à leurs empressements (2).

L'étrangère qui fut l'objet de cette ovation, était Mme d'Aelders. Un pareil succès pour ses début lui tourna la tête. Elle s'imagina avoir trouvé une nouvelle voie, susceptible de remplacer celle toute d'énervement (pour employer le mot

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dont elle s'était servi) qu'elle avait suivie jusqu'alors. Elle se découvrit femme de lettres et se mit à rédiger des brochures sur l'affranchissement de la femme aussi bien que sur diverses autres questions politiques ou sociales. Pour donner plus d'importance à ses écrits, elle chercha à profiter de ses relations, qui auraient été des plus étendues. Elle aurait connu Pétion, De Lameth, Fréteau, Menou, Basire, le journaliste Carra, Condorcet, Robespierre, etc., s'il faut en croire certains renseignements. Il est possible que sous ce rapport son caractère vaniteux et un peu intrigant l'ait plutôt disposée à amplifier.
Les procès-verbaux du Cercle social mentionnent les discours où elle expose les revendications du sexe féminin. Olympe de Gouges, autre héroïne révolutionnaire, applaudit à de telles prétentions. Allant jusqu'aux dernières conséquences de l'égalité des sexes, elle déclara dans une séance vouloir arriver à constituer une légion de femmes armées.
Ne se contentant, pas d'appartenir à ce premier club, Mme d'Aelders s'intéressa à la fondation à Paris d'une autre association révolut:onnaire, admettant les femmes, et qui prit la dénomination de: Société des Amis de la Vérité. Ce club ainsi que le précédent cherchèrent à faire du prosélytisme et à envoyer des émissaires en province, afin de propager les idées nouvelles. Ces délégués étaient choisis parmi les personnes prononçant des discours ou rédigeant des écrits. Le 30 décembre 1790, notre hollandaise communiqua aux membres du club un discours qu'elle signa du nom d'Etta Palm, née d'Aelders, et qui était intitulé:

Discours sur l'injustice des lois en faveur des hommes au dépend (sic) des femmes.

Ce travail oratoire est écrit en assez mauvais français, suivant l'aveu de l'auteur, qui s'en excuse en disant que'elle a plutôt consulté son coeur que le dictionnaire. Sa conclusion tend à ce que les femmes ne soient plus esclaves, comme si jusqu'alors la situation, qu'elle avait jugé bon d'occuper l'avait rendue réellement esclave de l'homme.
Ce discours fut lu à la Confédération des Amis de la Vérité

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par un de MM. les secrétaires (1). Elle posa en ces termes sa candidature comme déléguée en province:

Née et élevée dans une République, qui à combattu quatre vingts ans pour établir chez elle les principes de la liberté et de l'égalité. Ses principes sont innés dans mon coeur et ne datent point de la Révolution.

Plus loin elle se montre admiratrice de l'idée d'organiser des légions d'amazones dans les départements:

Les augustes représentants de cette heureuse nation (la France) viennent d'applaudir à l'intrépide courage des amazones dans l'un de vos départements, et leur permettent de lever un corps pour la défense de la Patrie. C'est un premier choc aux préjugés dont on a enveloppé notre existence....
Ne soyez donc pas justes à moitié....

Enfin dans une autre partie, elle se présente comme une candidate humanitaire s'occupant d'établir des oeuvres de bienfaisance:

Mes veilles, mes travaux, mon existence entière sont employées à consolider un établissement de bienfaisance, une société des citoyennes patriotes, que j'ai eu la satisfaction dee proposer avec succès, et dont vous avez agréé le premier programme, comme société estimable par son but, par le patriotisme et les lumières des femmes qui la composent, et qui cherchent par une contribution annuelle à trouver des moyens de fonder des maisons d'éducation ou ateliers de travail pour y élever les enfants de leur sexe depuis l'âge de 6 ans jusqu'a 13 ans, et pour les mettre après en apprentissage d'un métier pour soulager par ces moyens les mères d'une nombreuse famille accablée par l'indigence.

C'était de la philanthropie, et les philanthropes, quels qu'ils soient, sont toujours surs d'etre acclamés dans les réunions populaires. L'occasion se présentait naturellement de charger Mdme d'Aelders de faire du prosélytisme en province. Elle fut déléguée. Le Club fit les frais de l'impression de son dis-cours de quarante-six pages, dont de courts extraits viennent d'être donnés. Ce petit volume lui permettait de commencer les

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relations par l'hommage qu'elle en faisait. Elle en adressa des exemplaires à un certain nombre de municipalités de France, notamment à celle de Creil. La brochure fut reçue à la mairie de cette commune le 6 février 1791.
Par un esprit identique de philanthropie bien compréhensible de la part des officiers municipaux d'une bourgade, dans laquelle les gens à secourir étaient nombreux, les représentants des habitants de Creil, jugeant Mme d'Aelders d'apres ce seul écrit, accueillirent favorablement ses idées et se montrèrent disposés à constituer une société de citoyennes amazones formant une compagnie de la garde nationale, dont ils auraient la présidence. Ils agirent ainsi peut-etre simplement parce que Mme d'Aelders avait demandé une réponse à sa lettre et qu'ils ne voulaient pas être en reste de courtoisie avec elle. Des membres du club ou bien des amis de quelques-uns d'entre eux ont aussi pu faire partie du conseil municipal de Creil et inciter les représentants de cette commune à continuer la correspondance. Une de ces raisons occasionna l'entraînement. L'entente se fit en deux jours, entre le 6 et le 8 du mois de février 1791, sans que les deux intéressés paraissent avoir conféré ensemble, ni menie s'etre vus.
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La municipalité de Creil tint à témoigner largement sa gratitude à l'égard de la citoyenne, qui lui faisait par lettre hommage de son discours. Elle lui conféra le titre de membre honoraire de la compagnie de la garde nationale creilloise, une cocarde tricolore et la médaille nationale. C'était un éclatant succès pour le début de la mission en province de Mme d'Aelders. Le proces-verbal ci-dessous, qui, d'apres son contexte, fut consigné sur les registres de la mairie, donna la plus ample satisfaction à l'initiative que la hollandaise avait prise.

Extrait du régistre des délibérations de la municipalité de Creil-sur-Oise
Ce jourd'hui, 8 février, à l'assemblée des citoyennes, convoquée en la manière ordinaire, et tenue à l'hotel-de-ville, en présence de MM. les maire et officiers municipaux, lecture a été faite d'une lettre de MM. de la confédération des Amis de la vérité et d'un discours de madame Palm d'Aelders, l'un et l'autre à nous adressés et qui nous sont parvenus. le 6 du présent, par la voie de la .poste. Après avoir vivement applaudi

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le discours et reçu avec reconnoissance, l'hommage qui nous en est fait par mesdits sieurs de la Confédération des Amis de la vérité, nous avons arrêté que pour leur donner des marques de notre gratitude et leur témoigner les plus amples remercîemens, copie de la présente délibération leur sera envoyée, et que M. Randon de la Tour, colonel de la garde nationale de cette ville, à présent à Paris, sera prié de faire connoître à ladite dame Palm, combien nous lui sommes redevables des sentimens dont elle nous honore; et de lui offrir, avec une place d'honoraire de la compagnie, la cocarde et la médaille nationales, comme une foiblè marque de toute 1a reconnoissance que nous lui devons, et du courage patriotique que son discours ne peut qu'affermir dans nos coeurs, et que lesdits discours et lettres seront inscrits en entier sur le registre des délibérations.
Fait et arrêté en ladite assemblée les jour et an que dessus, et avons signé avec lesdits maire et officiers municipaux...... femme Bezot, femme Martel, Dupont, Duru, la Marte sous-lieutenant; Boquet, de Bauchy, Brelle, Burry, citoyennes; et Triboulet, maire; Joly, Gelin, Masson, Dancourt, Anceline, Payen, officiers municipaux, et M. Lequoy, procurtur-yndic et Denis, trésorier.
Délivré par moi, secrétaire-greffier de la municipalité, conforme à l'original, lesdite jour et an que dessus, Seres.(1)

Le curé-maire Triboulet assista à cette délibération et la signa, comme il l'avait fait pour la prestation du serment

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civique des habitants de Creil, qui avait eu lieu quelques mois auparavant.
Tout se passa par délégation et par correspondance, Mme Dalder et les Amis de la Vérité avaient adressé une lettre à Creil. On leur répondit de Paris en leur envoyant des remerciements par l'intermédiaire de M. Randon de la Tour, le commandant de la garde nationale, qui se trouvait momentanément dans la capitale.
En fait, la cérémonie de la remise de la médaille eut lieu dans une séance du club des Amis de la Vérité à Paris. Un événement de ce genre était assez fréquent à l'époque. Pendant le cours du second semestre de 1790, la Commune de Paris avait gratifié diverses citoyennes de médailles de la Fédération du 14 juillet 1790. Ces femmes médaillées s'étaient présentées à la barre de l'Assemblée nationale le 10 janvier 1791, c'est-à-dire un mois avant les faits dont nous nous occupons. Elles avaient demandé à y preter le serment civique en leur nom et en celui de leurs enfants. Mme d'Aelders n'avait pas été comprise dans cette distribution de médailles réalisée par la commune de Paris. Comme elle le regrettait, quelque patriote s'intéressant à elle, et désireux de lui etre agréable, avait imaginé l'adroite combinaison de lui faire décerner un insigne identique par la commune de Creil, à l'imitation de ce que celle de Paris avait réalisé pour d'autres citoyennes.
La copie du proces-verbal de Creil du 8 février fut reçu à Paris au Club des Amis de la Vérité deux ou trois jours apres, soit environ vers le 11 février. Les chefs de cette association révolutionnaire firent immédiatement graver sur la tranche d'une belle médaille en bronze soigneusement doré de la Confédération des Français, la mention:

DONNÉ PAR LA MUNICIPALITÉ DE CREIL SUR OISE
A MD P. DALDER LE 11 Fr 1791.

La date portée était celle du jour oú l'on avait reçu la nouvelle que l'insigne était conféré. Cette médaille reproduite ci-desous porte le type créé en l'honneur de la grande fete de la Fédération célébrée le 14 juillet 1790 pour le premier anniversaire de la prise de la Bastille. Elle représente cette solennité, ainsi du'une allégorie de l'autel élevé à cette occasion

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au milieu du Champ-de-Mars (1). Elle porte une bélière de façon à pouvoir etre attachée sur la poitrine (= borst) au moyen d'un ruban (= lint) évidemment tricolore, dans un but que Mme Dalder nous expliquera peu apres en l'un de ses discours. Le revers (= keerzijde) pourvu de l'inscription: CONFÉDÉRATION DES FRANÇAIS rappelle le souvenir de la fête représentée.

Hier de afbeelding  die in het boek staat, met het onderschrift:
Poids 28 gr. 30 cent  Cell. P. Bordeaux

La remise de l'insigne, relatée dans les brochures de Mme d'Aelders, eut incontestablement lieu, puisque la médaille à été retrouvée pourvue sur le pourtour (= omloop) d'une telle inscription caractéristique. L'interprétation de la phrase gravée avait vivement intrigué tout le monde, quand la piece avait été retrouvée par hasard, il y a deux ou trois ans, dans un amas d'objets datant de l'époque révolutionnaire. Cette cérémonie fut célébrée à Paris le 11 février 1791, dans la salle habituelle du Club des Amis de la Vérité.

Trois officiers du bureau, députés par le président, ont été offrir la plus flatteuse récompense à la franche et généreuse citoyenne Palm d'Aelders.

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Les brochures de la hollandaise continuent de fournir les renseignements ci-après sur la suite de la séance:

Mme Palm d'Aelders à paru à la tribune et elle y a prononcé un discours de remerciements tres applaudi, dont l'assemblée a voté l'impression.
Discours d'une Amie de la Vérité, Palm d'Aelders en recevant la cocarde et la médaille nationales envoyées pour elle à l'Assemblée fédérative par la municipalité de Creil le 14 février 1791.

Mme d’Aelders commence par renouveler les professions de foi libérale qui avaient figuré dans son premier discours lu le 30 décembre précédent, puis elle continue en faisant de précieux aveux qui expliquent ce qui s'est passé, et en se lançant dans la phraséologie dithyrambique du temps.

Fortifiée par des écrits patriotique, encouragée par vos leçons, j'ai détruit jusque aux germes de ce faux orgueil qui étouffe si souvent la plante précieuse de l'égalité.
Oui, messieurs, c'cst d'après cette expérience que j'ai jugé du grand nombre de femmes qui, surtout dans cette capitale entrainées par l'effet d'une éducation vicieuse, et qu'une frivole oisiveté entretient, n'ont pu s'élever jusqu'aux sublimes principes de morale et de philosophie, qui ont fait votre révolution, et qui doivent la propager chez tous les peuples de l'Europe.
Il ne leur faudroit, messieurs, que quelques encouragemens pour faire tomber les préjugés de l'enfance, et les rendres dignes de vous; ce fut d'après ces considérations que je formai le dessein de vous présenter la requête qui a reçu vos suffrages, et à laquelle je dois l'honorable récompense de la municipalité de Creil.
Je la reçois avec respect et reconnoissance, non comme un hommage rendu à mon foible talent, mais comme un témoignage, une approbation tacite de la justice de notre réclamation.
Oui, cette gloire vous est encore réservée, nation brave et généreuse; et à vous estimables concitoyennes, celle de régénérer les moeurs de vivre parmi des républicains, d'être leur émule en vertus civiques, de former des hommes, des citoyens à la patrie.
Je profiterai de cette circonstance, messieurs, pour faire la motion expresse, qu'il nous soit permis d'élever, dans ce sanctuaire de la vérité, une statue à la femme de Phocion, afin que nous ayons sans cesse devant les yeux le modèle de la sagesse, de la modestie, de la simplcité, des vertus morales et civiques.

L'ancienne habitante de la rue Villedo et de la rue Favart, devenue à son déclin femme de lettres, avoue ingénuement la

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requête qu'elle a présentée au club pour etre déléguée à Creil afin d'en recevoir la récompense de ses écrits. Certaines de ses idées se distinguent par leur bizarrerie. La femme de Phocion devait etre peu connue à Paris, et encore moins à Creil. Il ne fut pas plus élevée de statue a celle-ci dans un endroit que dans un autre. Le président des Amis de la Vérité, en répondant brievement à ce discours, montra qu'il devait être tenu compte des exagérations de style de la femme écrivain, qui avait connu autrefois les chaînes les plus douces :

Les Amis de la Vérité savent apprécier vos sentiments patriotiques et partagent vos héroïques vertus. Car ils sont tous décidés à ne porter jamais de chalnes, que celles faites de fleurs, qui seraient tissées par vos mains et celles des aimables citoyennes, qui partagent leurs travaux.

Comme le club des Amis de la Vérité faisait les frais d'impression de tous ces discours, Mme d'Aelders continua. Le jour suivant, 15 février, elle adressa de Paris la lettre ci-apres à la municipalité ainsi qu'aux citoyennes de Creil. Une des particularités des faits, due nous examinons à un siecle de distance, consiste en ce que tout parait s'etre borné à un échange de correspondance à phrases retentissantes, et à des rédactions de proces-verbaux, le tout soigneusement et immédiatement imprimé:

Réponse de Etta Palm née d'Alders, à la municipalité, et les citoyennes de Creil-sur- Oise, le 15 février, 1791.
C'est avec sensibilité et reconnoissance que j ai reçu en présence des Amis de la vérité, réunis en assemblée fédérative la marque d'estime que vous avez daigné m'accorder, j'attache d'autant plus de prix à ce témoignage de votre approbation, qu'il me. paroît un aveu tacite de la justice de la cause que j' entrepris de défendre.
La gloire vous étoit réservée, messieurs, d'être les premiers à franchir les odieux remparts que les préjugés opposent à la reconnoissance des droits imprescritible de la nature, et dont on a depuis tant de siècles frustré la plus foible, mais la plus précieuse moitié de l'humanité.
Heureuses citoyennes de Creil, quel droit n'ont pas à votre reconnoissance les sages magistrats qui vous gouvernent, ces hommes éclairés qui osent fouler au pied ces préjugés, enfans de l'ignorance dont on se plaisoit à nous environner pour nous entretenir dans une oisive et humiliante nullité.

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Pour faire comprendre facilement son allusion, Mme d'Ael-ders fit imprimer en note, au bas de la page:

La municipalité de Creil préside à la société des citoyennes amazones qui forment une compagnie de la garde nationale.

Elle avait du insérer le même renvoi en note au bas de sa lettre manuscrite pour préciser le but de prosélytisme, qui l'avait amenée à entrer en relations avec les officiers municpaux de Creil. Apres avoir ainsi précisé ses intentions, Mme d'Aelders continuait son épitre dans des termes qui laissent croire qu'elle n'est même jamais venue à Creil:

Combien je m'estimerois heureuse, messieurs, si je pouvois aller dans l'assemblée fédérative à laquelle vous présidez écouter le leçons de vertu et de civisme, comme la reine de Saba sut écouter les préceptes de sagesse de Salomon.
Privé de cet avantage (1) je croirai trouver quelque dédommagement en portant à jamai sur mon coeur votre précieuse récompense. Oui, messieurs, la médaille que vous m'avez décernée sera l'épée d'honneur qui couvrira mon cercueil, seule dans le monde j'ai consacré mes jours au bien de l'humanité, et si mon zèle pouvoit se ralentir, la marque d'honneur que je tiens de votre estime me rappelleroit à mon devoir; le sang des anciens et valeureux Bataves coule dans mes veines, je suis prête à le verser pour la liberté et le bonheur des François, c'est par ces sentimens, messieurs, que je me crois digne du nom de votre concitoyenne, et que j'ose vous assurer de mon sincère attachement.
signé Etta Palm née d'Aelders

Cette hollandaise était une intellectuelle, qui cherchait à monter son imagination aussi bien que celle des autres sur le rôle qu'elle aurait désiré être appelée à jouer en France. Pour les personnes nerveuses de cette nature, les idées mises sur le papier ont plus d'importance que les faits survenus réellement. Elles amplifient tout dans de grandes proportions. La remise et le port de la médaille paraissent avoir constitué les événements les plus notables résultant de la correspon-

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dance échangée du 6 au 15 février 1791. De part et d'autre on a prononcé des phrases visant à l'effet. Le remerciment emphatique: “La médaille que vous m'avez donnée sera l'épée d'honneur, qui couvrira mon cercueil”, paraît être l'idée première de l'exclamation de Joseph Prudhomme sous le gouvernement de Louis-Philippe: “Ce sabre est le plus beau jour de ma vie.”
S'il est acquis que Mme d'Aelders n'est pas venue à Creil entre le 6 et le 11 février, elle parait s'y être encore moins rendue après cette derniere date. La vérité oblige à reconnaitre que la correspondance intervenue entre les officiers municipaux de Creil et la hollandaise n'empecha pas la municipalité de s'adonner normalement à ses occupations ordinaires. Un extrait de délibération du conseil municipal de Creil du 12 février 1791, survenant le lendemain de la date inscrite sur la tranche de la médaille, montre cette assemblée communale s'occupant du dénombrement de la population et constatant que le chiffre des habitants s'élève en réalité - hommes, femmes et enfants - à 1.032 au lieu de 976 précédemment portés, et que l'exacte détermination de quantum à son importance “par rapport à l'impôt et au clergé de cette paroisse pour son traitement”(1). Ainsi ce dénombrement, qui est rédigé en plusieurs pages et sur plusieurs colonnes, n'eut même pas pour but de préciser le nombre de femmes susceptibles de faire partie de la cohorte d'amazones auxiliaires de la garde nationale. Il n'y est fait aucune allusion à une telle éventualité. La municipalité ne parait pas s'être occupée de la formation de cette compagnie d'amazones demandée par Mme d'Aelders, probablement parce que cette dernière, une fois la médaille revue, omit de son côté de s'occuper de Creil et de ses habitants.
Les femmes qui ont l'étrange prétention de devenir subitement écrivains pour combler le vide de la seconde partie de leur existence, ont une extreme mobilité d'esprit qui les porte à oublier aussitôt ce qui a été commencé par elles peu de jours auparavant. Mme d'Aelders entreprit d'autres travaux

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littéraires démontrant qu'elle ne continua en aucune façon l'oeuvre à peine ébauchée par elle à Creil. Nous constatons en effet (immers) les publications successives

1) D'une lettre d'une Amie de la Vérité, Etta Palm, née d'Aelders hollandaise, sur les démarches des ennemis extérieurs et intérieurs de la France, suivie d'une adresse à toutes les citoyennes patriotes et d'une motion à leur proposer pour l'Assemblée nationale, lue à l'assemblée fédérative des Amis de la Vérité le 23 mars 1791. Elle demanda dans la séance du Cercle social de la même date que les membres de ce club aillent remercier l'Assemblée nationale d'avoir accordé aux femmes une existence civile. (Brochure de 15 p.)
2) D'une adresse des citoyennes françaises à l'Assemblée nationale pour obtenir l'égalité des droits de l'époux et de l'épouse. (Brochure de 4 p.)
3) D'une adresse de la Société patriotique et de bienfaisance des Amis de la Vérité aux 48 sections. (Brochure de 5 p.)
4) D'un discours de réception à la Société fraternelle par Etta Palm, née d'Aelders le 12 juin 1791, et justification de celle-ci contre les dénonciations portées contre elle par Louise Robert. (Brochure de 6 p.)

Ce dernier factum montre la hollandaise s'affiliant à un troisième club révolutionnaire composé encore de femmes et dont la citoyenne Louise Robert était la présidente. Mme d'Aelders s'y était heurtée à une opposition énergique de la part de cette dernière, qui avait combattu sa personnalité et avait contesté son patriotisme en prétendant que l'étrangère était une agente de la cour de Prusse (1). Il lui fallut se défendre contre les rivalités féminines, qui ne pouvaient manquer de naître dans des assemblées de cette nature.
Une autre brochure établit qu'en mai 1791, Mme d'Aelders fit à Caen (Calvados) des démarches presqu'identiques à celles qu'elle avait réalisées à Creil. Un procès-verbal du club révolutionnaire de Caen, dénommé les Amis de la Constitution, énonce à la date du 25 mai 1791, que des applaudissements avaient suivi la lecture d'un discours de Mme Palm d'Aelders, et que

La Société sentant toute l'importance des principes, qui y sont eonsignés, en à ordonné la réimpression au nombre de 1,000 exemplaires,

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pour etre distribués aux dames dans la prochaine séance publique dans l'espoir de fortifier les unes dans leurs résolutions et de ramener les autres à la vraie voie.

La déléguée du club parisien eut cette fois encore l'habileté de se faire conférer par la municipalité de Caen le droit de bourgeoisie, c'est-à-dire la qualification de concitoyenne.
Elle réitéra ses mêmes correspondances aupres des Bordelais. Elle sut également se faire décerner par eux une couronne d'honneur, que des citoyennes de Bordeaux jugèrent convenable de lui offrir en remerciements des brochures qu'elle leur avait adressées. Elle continua ainsi de se présenter de côté et d'autre, comme déléguée des clubs révolutionnaires parisiens. Elle prit soin de faire effectuer l'impression de ses écrits aux frais des associations républicaines qu'elle représentait, ou aux frais de celles avec lesquelles elle se mettait en rapport.
Mme d'Aelders ne fut en aucune façon une grande oratrice, une sorte de tribun du sexe féminin, capable d'entraîner l'enthousiasme des foules. Elle ne prit la parole que très rarement. Elle se borna à écrire des discours ou des messages lus simplement aux réunions. Le curieux procès-verbal ci-après précise ce qui se passait pour ses élucubrations avec une netteté qui ne laisse pas le moindre doute:

A la huitième assemblée fédérative (3 décembre l790) du cercle des Amis de la Vérité, Mme d'Aelders, hollandaise, à demandé la parole pour prononcer un discours.
M. le président Goupil de Préfeln lui a répondu avec autant de sagesse que de douceur et de prudence.
Et apres quelques débats et avoir consulté l'assemblée, un de Messieurs les secrétaires a lu le discours de cette Amie de la Vérité, dont on a voté l'impression.
Le discours, imprimé en vertu de cette galante décision, est une revendication hardie de l'égalité des deux sexes au moins au point de vue civil (1).

Un fait brutal survenu au milieu de l'année 1791 prouve que son influence et son importance étaient en réalité

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minimes. Le Moniteur du dimanche 24 juillet 1791 énonce que "le juif Ephraïm et la baronne d'Aelders, emprisonnés il y à trois jours, ont été mis en liberté” (1). Cet emprisonnement momentané dut refroidir d'une façon notable le prosélytisme  de la hollandaise pour ses projets d'organisation de compagnies d'amazones à Creil, à Caen, à Bordeaux, etc. On commença à la prendre moins au sérieux. Néanmoins elle continua d'écrire et de publier un appel aux Français en septembre 1791 (2), et une traduction en langue hollandaise de la déclaration de M. Condorcet (3). Elle offrit ce dernier travail à l'Assemblée législative, qui, dans la séance du 7 janvier 1992, mentionna “cet hommage de Mme Aelders, hollandaise de naissance, française d'adoption” (4). La hollandaise reprend ici presque son vrai nom, tel qu'il figure à l'acte de naissance, probablement parce que la conséquence de l'arrestation à été de l'obliger à préciser son état-civil plus exactement.
Ces particularités tendent à prouver que le zèle originaire montré par Mme Aelders pour constituer la compagnie d'amazones de Creil, a dû se modérer complètement et qu'elle a dirigé ses pensées vers d'autres soins ainsi que vers des préoccupations différentes. La municipalité de Creil de son côté eut d'autres motifs pour couper court à toute idée d'organisation semblable. Après quelques tentatives de revendications féminines exagérées survenues à Paris seulement en faveur de l'armêment de bataillons de femmes, la Convention finit par réagir à la suite d'abus qu'il reste à indiquer brièvement.
D'autres héroïnes de la Révolution, T'héroigne de Méricourt notamment, dépassèrent bien vite l'initiative première de la hollandaise. Olympe de Gouges, dans son pamphlet: Sera-t-il roi? Ne le sera-t-il pas? écrit au cours du second

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semestre de 1791, à la suite de l'arrestation de Louis XVI à Varennes, avait demandé que l'on réformât la maison de Marie-Antoinette et que l'on remplaçât son entourage de duchesses, princesses et marquises par une garde nationale de femmes, qui seraient chargées de surveiller en même temps Madame Royale et Madame Elisabeth. Les esprits s'échauffèrent à la lecture de ce factum et de divers articles de journaux. Le mouvement qui en résulta ne s'accentua vraiment que dans Paris, où il était facile de réunir un plus grand nombre de femmes révolutionnaires que dans une petite localité de province. Le 6 mars 1792, les citoyennes des clubs féminins parisiens adressèrent à l'Assemblée une adresse revêtue de 300 signatures pour demander:

1° La permission aux femmes de se procurer des piques, des pistolets et des sabres, même des fusils pour celles qui auront la force de s'en servir;
2° De s'assembler les fètes et dimanches au Champ-de-Mars ou autres lieux convenables pour s'exercer à la manoeuvres des armes;
3° De nommer des gardes françaises pour les commander;

Le 14 mars 1792, un commencement d'exécution eut lieu. De premières manoeuvres furent ébauchées par des femmes au Champ-de-Mars. Théroigne de Méricourt, qui ne craignait pas de prendre la parole, dit aux femmes de Paris dans un discours enflammé qu'elle leur adressa le 25 mars 1792: “Armons-nous, allons nous exercer deux ou trois fois par semaine aux Champs-Elysées ou au Champ de la Fédération, ouvrons une liste d'amazones françaises ... Nous nous réunirons ensuite pour organiser un bataillon” (1). II se serait même constitué occasionnellement quelques rares patrouilles de femmes armées, car on a constaté l'existence de divers ordres de districts ainsi conçus: “Il est enjoint à Madame ... de se rendre demain à onze heures au district de ... pour monter la garde” (2). En ce même mois d'avril, Théroigne essaya de soulever les femmes du faubourg

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Saint-Antoine. Après un commencement d'émeute, elle fut honteusement chassée. Elle ne dut son salut qu'à une escorte de gardes nationaux, qui furent requis pour la préserver de la fureur populaire. Les vaines tentatives faites à ce moment à Paris constituent la preuve évidente qu'en province il n'avait encore été rien réalisé sous ce rapport.
Mme Aelders tint à occuper son rang dans ce mouvement de pétitions à l'Assemblée: une mention de la presse révolutionnaire recommence à appeler l'attention sur elle. La hollandaise se présenta à la barre de l'Assemblée le 1re avril 1792 à la tête d'une députation de femmes, et il fut rendu compte de sa démarche dans les termes suivants:

Encore une pétition de femmes.
Dimanche dernier d'autres pétitionnaires du méme sexe sont venus distraire un moment les graves préoccupations de l'Assemblée. La députation peu nombreuse avait pour orateur la dame Aelders.
Que demandaient ces citoyennes?
Elles se sont résumées dans ces quatre chefs de pétitions. Nous demandons
1° Une loi sur l'éducation des femmes.
2° Une loi qui donne aux femmes des droits égaux à ceux des hommes.
3° Une loi qui les déclare majeures à 21 ans.
4° Une loi qui permette l'usage du divorce (1).

Le journaliste fait suivre cet énoncé de cette phraséologie larmoyante tombant presque dans le comique: “Rien de plus juste, de plus urgent même qu'une loi sur le divorce, mais ce n'est pas aux femmes à provoquer un décret, parce que la retenue de leur sexe leur interdit toute démarche à cet égard. Une épouse malheureuse meurt à son poste plutôt que de le quitter un seul instant pour se plaindre (2).”
La tentative d'émancipation féminine allait sombrer sous le ridicule. Non seulement la presse se montra défavorable, mais des brochures anonymes tournèrent en dérision ces prétendues organisations de légions d'amazones. Il suffira de signaler celle intitulée:

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Nouvelle proclamation pour lever et enrôler dans toute l'étendue de la République 300,000 filles et femmes pour aller aux frontières depuis l'âge de 16 ans jusqu'à 40, avec le mode de leur organisation et l'uniforme qu'elles porteront (1).

Le costume choisi est celui de hussard parce qu'il est le plus favorable pour faire ressortir les grâces de leur sexe. L'appel aux armes est signé par Bellone, Diane et Vénus, ainsi que par Jupiter, greffier. Cupidou est chargé de porter le guidon. C'est la réponse à la création de l'oriflamme bannière des amazones de Vic-en-Bigorre.
La caricature s'empara de la question. Une sorte d'image d'Epinal sans couleurs fut publiée en Allemagne en juin 1792, elle représenta suivant l'inscription apposée au bas:

General Commandantin der Sans-culottes oder ohne hofer bey der Franzosischen National garde.

sous les traits d'une femme montée sur un cheval et tenant une épée à la main (2).
Une autre particularité contribua en même temps à déconsidérer de plus en plus les prétendues héroïnes qui voulaient organiser ces compagnies d'amazones. Non seulement l'état-civil de chacune d'elles avait fini par être établi et la baronne d'Aelders avait du se résoudre à n'étre plus que Mme Etta Alders, veuve Palm, mais encore leur vie intime avait été peu à peu le sujet des conversations des uns et des autres. Le bruit courait que Théroigne de Méricourt était en apparence seulement la maitresse du député Basire, mais que la maitresse effective de ce dernier aurait été la hollandaise Alders. Point n'est besoin de s'occuper de semblables détails intimes, sur lesquels il à pu exister des médisances. Mais à une époque troublée comme celle qui approchait de la Terreur, il suffisait que de semblables rumeurs circulassent dans le public pour faire perdre toute autorité à celles qui en étaient l'objet, surtout quand leur existence antérieure pouvait rendre admissibles de pareilles suppositions. Basire

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fut député de la Côte-d'Or à l'Assemblée législative et ensuite à la Convention. Il n'est connu que pour sa motion demandant la nomination des officiers à l'élection par les soldats. Il avait dans l'esprit des idées dangereuses et il dut fausser d'autant plus l'imagination des femmes qui l'entourèrent.
Les sociétés révolutionnaires, après avoir paru au début se montrer favorables aux femmes repoussèrent bientôt avec énergie leurs revendications. Le club le plus influent était celui des Jacobins. Le 12 mai 1793, une députation de républicaines se présenta à sa barre pour demander l'armement des femmes patriotes de 18 à 50 ans et leur organisation en corps d'armée contre les Vendéens. Cette motion est une nouvelle preuve qu'aucune compagnie d'amazones n'avait encore été constituée pas plus à Paris qu'en province. Les Jacobins protestèrent. Apres délibération, l'Assemblée déclara réprouver de pareilles tentatives ainsi que toutes autres idées de ce genre (1). Peut-être n'agirent-ils ainsi que parce qu'ils considérèrent ce mouvement comme factice et tout d'apparence, car les associations féminines de Paris ne paraissent pas avoir compris plus de 170 femmes au moment de leur plus grand développement. Il en fut ainsi notamment pour l'une des plus importantes, dénommée: Société des citoyennes républicaines, fondée en juillet 1793, présidée d'abord par la citoyenne Ronsaud, puis par la citoyenne Champion, et particulièrement mal vue des Jacobins (2).
La conséquence d'une réprobation aux Jacobins fut fréquemment une exécution à bref délai. Tel fut le résultat que les femmes obtinrent en s'adressant à cette puissance révolutionnaire. Le 28 octobre 1793, le Comité de sûreté générale s'émotionna de l'excentricité de quelques femmes qui, habillées en hommes, portant un pantalon et un bonnet rouge, se firent remarquer au marché des Innocents. Deux jours apres, le représentant Amar dénonça à la barre de la Convention

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l'attroupement de 6.000 femmes, qui en était résulté. Il demanda que des mesures radicales fussent prises contre de pareils excès. Le jour méme, 30 octobre 1793, l'Assemblée décréta que “les clubs et les sociétés populaires de femmes, sous quelque dénomination que ce soit, sont défendus”.
Aucune tentative d'organisation de la compagnie de femmes auxiliaires de la garde nationale ne parait être survenue à Creil entre février 1791, époque de la correspondance échangée pour arriver à un essai et octobre 1793, date à partir de laquelle de pareilles formations furent absolument interdites. La municipalité de Creil dut se borner à attendre le résultat des discussions que certaines femmes avaient soulevées à Paris à cette occasion.
Une courte digression fera connaître pour terminer l'étrange fin de la vie de Mme Alders. Cette hollandaise, femme avisée et experte, comprit dès le second semestre de 1792 qu'il n'y avait plus rien à faire pour elle à Paris et encore moins à Creil, sous le rapport d'organisation de légion d'amazones. Elle songea à abandonner son métier d'écrivain, qui ne lui rapportait rien, et au cours duquel elle était toujours obligée de solliciter des clubs révolutionnaires l'impression de ses discours à leurs frais. Profitant de sa connaissance des langues étrangères, elle demanda une situation dans la diplomatie occulte. En septembre 1792, elle obtint du ministre des Affaires étrangères Lebrun une mission particulière en Hollande, pour y étudier ce que la France avait à craindre ou à espérer de la République des Provinces-Unies. Elle fut chargée notamment de s'informer si cette puissance accueillerait volontiers la nomination d'un ambassadeur de la République française. L'ancienne déléguée des sociétés révolutionnaires parisiennes auprès de la municipalité de Creil, continuait le même genre d'occupations, quoique dans un but différent et nouveau auprès du gouvernement hollandais. Elle quitta la France et elle retourna dans le pays de sa naissance.
Le 3 novembre 1792, elle fit une visite offlicielle au ministre hollandais, Van de Spiegel. Elle ne réussit pas dans sa mission, car la guerre éclata presque aussitôt entre les Provinces-Unies et la République française. Le gouvernement hollandais voulut la faire retourner en France, mais les agents républicains refuserent de la laisser pénétrer sur le territoire

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français. Les événements la contraignirent à rester en Hollande. Elle s'y trouva encore quand, en 1795, une insurrection inspirée des idées de la Révolution éclata. La République batave fut proclamée. Cette transformation qui aurait pu paraître concorder avec l'avènement d'un certain nombre des espérances de liberté et d'affranchissement chères à Mme Alders, ne tourna pas à son avantage. Elle fut presqu'immédiatement arretée comme espionne du parti orangiste, c'est-à-dire du parti royal et de la faction réactionnaire.
La tournure d'esprit de cette femme de 52 ans, qui restait toujours portée à l'intrigue, finissait par lui nuire au plus haut point. Pendant qu'elle était en prison, un rapport fut fait en janvier 1796 sur les causes de sa détention. Son emprisonnement fut maintenu. Au mois de février, elle fut transférée dans la prison de Woerden. Elle y rencontra comme compagnons d'infortunes diverses personnalités politiques, notamment Bentinck et Van de Spiegel, le ministre déchu qui l'avait accueillie à son retour en Hollande. Elle resta deux années dans cette prison. Le 20 décembre 1798, elle fut mise en liberté en même temps que les deux hommes d'Etat en question (1).
A partir de cette dernière date, toute trace d'elle est perdue, sans que les écrivains hollandais qui se sont occupés de son rôle et qui sont parvenus à préciser les faits détaillés qui précedent, aient découvert une indication quelconque sur ce qu'elle à pu devenir. Ce fait n'est pas l'un des moins étranges parmi tous ceux relevés au cours de la présente étude. Le caractère de Mme Etta Alders à montré une femme nerveuse, intrigante, changeant d'idées à chaque instant. Sa fin fut telle que son passé. De même que ses relations momentanées avec la municipalité de Creil ont été une sorte de météore passager auquel elle à tenté de donner un vif éclat, de même chacune des phases de sa vie à brillé d'une lumiere subite pour etre suivie d'une obscurité complete et du néant.

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NOTE ADDITIONNELLE

Après la rédaction de notre travail, M. Roussel, archiviste départemental, Vice-président de la Société Académique de l'Oise a eu la bonne fortune de découvrir un document datant de 1848. qui parait démonIrer que la Compagnie d'amazones de Creil aurait eu un commencement d'organisalion.
M. Fabignon, bibliolliécaire-archiviste de la Société Académique de l'Oise au moment de sa fondation, s'est exprimé en ces termes dans un rapport rédigé le 21 février 1848 à l'occasion de dons faits au Musée de Beauvais:

M. Marlin, de Bury, notre coltègue, vous offre également de la part de M. Louis-Antoine Duru, demeurant à Mouy, une petite javeIine et un médaillon en cuivre doré, qui se rattachent à une particularité curieuse de notre histoire contemporaine.
Vers 1792, M. Randon de la Tour, seigneur de Villers Saint-Paul, organisa une compagnie de cent femmes choisies dans les communes de Villers Saint-Paul, Nogent les-Vierges et Creil. Ces amazones portaient un uniforme approprié à leur sexe et etaient armées d'une petite lance sembIabIe à celle qui vous est adressée.
Elles étaient commandées par deux d'entr'elles, choisies par la compagnie, ayant les titres de capitaine et de lieutenant, et qui portaient comme signe de leur grade une cocarde tricolore, à laquelle était suspendue la médaille en cuivre doré représentant d'un côté le coqgaulois avec la légende: CITOYENNE DE CREIL, et de l'autre côté  une couronne do laurier entourant trois coeurs avec la légende: L'UNION FAIT NOTRE VERTU.
La lance et la médaille, qui nous sont envoyées, appartenaient à Mme Duru, mère du donateur, qui avait été élue Capitaine de cette compagnie unique sans doute dans son genre.

La délibération du Conseil municipal de Creil du 8 février 1791 avait déjà révélé l'existence d'une citoyenne sous-lieutenant de la Compagnie. M. Fabignon apprend qu'il aurait été élu en outre une capitaine et une lieutenante, dont la nomination supplémentaire ne peut être mise en doute,

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puisqu'elles ont seules été gratifiées d'une médaille, dont la désignation est fournie, et qui est différente de celle de Mme Daelder.
Malheureusement la médaille donnée au Musée de Beauvais est actuellement êgarée et n'a pu être retrouvée, en sorte qu'il n'est pas possible d'en reproduire un dessin.
M. Fabignon n'a pas indiqué la source des rcnseignements donnê par lui.
Les registres municipaux de la commune de Villers-Saint-Paul, qui existent pour les années 1788 à 1795, consultés par nous, n'ont rien révélé au sujet de cette organisation de la Compagnie d'amazones, bien qu'il y soit fait mention à maintes reprises de M. Randon de La Tour, auquel les officiers municipaux de la localité confèrent des attestations de civisme et des certificats de résidence inalgré ses voyages momentanés à Bagnères-de-Luchon et ailleurs.
Ils énoncent seulement que ce citoyen a prouvé son patriotisme, en commandant la garde nationale de Creil.
Nous croyons que M. Fabignon a du accepter comme exactes les indications, qui lui ont été données de mémoire par M. Duru, le fils de la capitaine de la Compagnie d'amazones, qui avait probablement entendus sa mère lui remémorer nombre de fois l'honneur qu'elle avait eu de commander, cinquante ans auparavant, une compagnie de femmes armées de javelines.
D'autre part, M. Charles Lambert, demeurant à Lagny (Seine-et-Marne), nous a soumis un second exemplaire de la médaille remise en février 1791 à Mme Daelder portant sur la tranche l'inscription suivante, légèrement fautive:

DONNÉ PAR LA MUNICIPALITÉ DE CREIL SUR OISE
A Mme P. D. AELDERS LE 11 FEVR 1791.

Le D majuscule anglais, qui commence la mention que nous connaissons, le mot PART, écrit coiitrairement aux règles de l'orthographe française, ainsi que la reprise du nom patronomique d'origine font supposer que Mme Daelder, ayant perdu sa première médaille à la suite d'une de ses arrestations ou de ses voyages en Hollande, aura tait graver sur la tranche d'une autre exemplaire d'une médaille de la Fèdération des Français de 1790, une inscription se rapprochant de celle mise sur la première pièce, dans la mesure où sa mémoire et ses connaissances orthographiques françaises le lui permettaient.

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Enfin, M. Van Fenema, conservateur de la bibliothèque de.l'Université de Groningue, qui prépare sur Mme d'AcIders un nouveau travail destiné à une Revue historique hollandaise, m'a prévenu qu'il se croyait en mesure d'établir:
— que Mr Aelders père aurait été fabricant de papiers et non aubergiste,
— que Mme Palm Aelders aurait eu un enfant aussitôt après son mariage de 1762,
— que le miroitier, auquel elle ëtait redevable en réalité de 3,286 livres en 1781, se serait appelé Lebastié,
— et qu'elle aurait suivi, en 1791, un procès contre certains mnembres de la famille de sa mère, de Sitter, pour régler des affaires de succession.
Il compte publier le signalement de Mme d'Aelders, rédigé au moment de son emprisonnement en Hollande, et parvenir à découvrir un jour les circonstances et la date de sa mort.


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